Les rapports entre la gauche belge francophone et les enjeux écologiques : tensions, concurrences et clivages

Loin d’avoir été un long fleuve tranquille, les rapports de la gauche belge francophone aux enjeux écologiques font l’objet d’âpres combats et incompréhensions depuis l’arrivée des thématiques environnementales dans l’espace public au début des années 1970.
En Belgique, le dernier quart du XXe siècle est marqué par la fédéralisation progressive de l’État. Les différentes révisions de la Constitution, entre 1970 et 1993, répondent aux revendications d’autonomie culturelle par les Flamands et d’autonomie économique du côté wallon. Les partis politiques s’inscrivent dans cette dynamique via les scissions, dans les années 1970, des structures jusqu’alors unitaires. La « pilarisation », à savoir l’organisation sociale, politique et philosophique de l’action de la société civile suivant les clivages idéologiques (catholique, laïque, libérale ou socialiste), suit le même processus tandis qu’au tournant des années 1980 apparaissent les partis se revendiquant de l’écologie politique : Ecolo et Agalev (qui deviendra Groen en 2003).
Une collaboration entre les forces de gauche et les organisations environnementales n’a donc rien d’une évidence. D’une part, des concurrences existent au sein même du mouvement environnemental de gauche, et pas seulement entre partis de gauche ayant des idéologies politiques distinctes. D’autre part, les tensions se font aussi sur une distinction entre enjeux environnementaux et enjeux écologiques, les deux ne se recoupant pas nécessairement. Enfin, les tactiques politiques ont souvent pris le pas sur des rapprochements entre ces divers acteurs politiques…