Pour réindustrialiser, il faut changer de modèle de société

Sur la nécessaire connexion entre relocalisation industrielle et sobriété matérielle

Benjamin Brice est docteur en sciences politiques (EHESS) et chercheur associé au Centre Thucydide (Paris-Panthéon-Assas).

Il faut changer de maximes d’État tous les vingt ans, parce que le monde change.

Montesquieu[1]

Pourquoi la réindustrialisation patine-t-elle en France ? Cet article défend l’idée que les gouvernants sous-estiment l’effort à produire : réindustrialiser le pays ne suppose pas seulement des politiques de compétitivité, mais une refondation complète du modèle de société. L’approche par la compétitivité devient progressivement obsolète : d’une part, la concurrence des pays émergents rend la division internationale du travail de moins en moins favorable à la compétitivité européenne, d’autre part, les grandes puissances s’affranchissent des règles du jeu économique de la mondialisation. Pour que la réindustrialisation produise des effets, elle doit se traduire par la relocalisation d’activités industrielles (moindre dépendance, baisse des impacts écologiques, hausse de l’emploi et des recettes fiscales). Or, une telle relocalisation remet directement en cause un modèle de société fondé, depuis les Trente Glorieuses, sur la hausse continue de l’abondance matérielle (grâce à l’endettement et aux délocalisation). Dans une conjoncture de forts déficits, de grands besoins d’investissement et de croissance faible, réindustrialiser la France suppose donc d’articuler relocalisation industrielle et effort de sobriété matérielle.

Mots-clés : réindustrialisation, relocalisation, compétitivité, libre-échange, sobriété, pouvoir d’achat.

La réindustrialisation fait aujourd’hui partie des objectifs politiques les plus consensuels au sein de la population française : l’opinion publique y est favorable[2] et tous les partis ou presque proposent des mesures en faveur de la réimplantation d’activités industrielles. Même Emmanuel Macron, qui à ses débuts s’intéressait peu aux questions industrielles, a fait de la réindustrialisation « la mère des batailles », avec notamment la mise en avant de grands investissements[3].

Ce consensus contraste avec les résultats obtenus. La part des emplois industriels dans l’emploi total n’augmente pas (-0,2 point entre 2017 et 2024)[4]. Le déficit commercial total pour les biens reste à un niveau historiquement élevé (100 milliards d’euros en 2024), comme le déficit sur les seuls biens manufacturés (45 milliards d’euros) ; la part des exportations françaises de biens dans les exportations mondiales poursuit son inexorable chute (3,9 % en 2008, 3,0 % en 2017 et 2,6 % en 2024)[5]. Enfin, après trois années d’amélioration, le solde des ouvertures et fermetures d’usines est redevenu négatif en 2024[6], avec des perspectives relativement sombres pour 2025 (tarifs douaniers américains et surproduction chinoise). La phase de désindustrialisation accélérée qui a frappé la France ces dernières décennies a pour le moment pris fin, mais, en dépit des paroles fortes, la réindustrialisation ne paraît pas encore vraiment engagée.

Comment expliquer cet échec ? La thèse de cet article est la suivante : les dirigeants français (et probablement la population française) ne mesurent toujours pas l’ampleur de la tâche. Dans la situation actuelle, tout véritable projet de réindustrialisation implique bien plus qu’un effort de compétitivité : un profond changement de notre modèle de société.

La compétitivité comme cadre de pensée

Au cours des dernières décennies, la majeure partie des élites françaises, et une fraction de l’opinion publique, ont été hantées par l’échec de la France dans la mondialisation. Alors que l’Allemagne, du fait de réformes vigoureuses entreprises dans les années 1990, se mettait à dégager des excédents commerciaux faramineux (+ 6 % de son PIB en moyenne annuelle pour les biens entre 2000 et 2024), la France creusait son déficit commercial (- 3 % de son PIB en moyenne annuelle sur la même période)[7]. Cet écart a permis à l’Allemagne d’accumuler beaucoup de richesses, tandis que la France s’endettait peu à peu vis-à-vis du reste du monde. Cela se lit par exemple dans la divergence des positions extérieures nettes des deux pays (le patrimoine net des résidents vis-à-vis du reste du monde) : alors que le point de départ était le même en 2000 (environ + 2 % du PIB), l’Allemagne atteignait + 70 % du PIB en 2023 et la France chutait pour sa part à – 29 %[8].

Qu’est-ce que ce décalage signifie ? Une profonde perte de compétitivité des produits français par rapport aux produits allemands, et donc de l’appareil productif de la France par rapport à celui de l’Allemagne.

Quels sont les déterminants de cette compétitivité ? Il y a d’abord le prix des produits, ce qui est appelé la compétitivité-prix. Ici, le « coût » du travail joue un grand rôle. Les réformes allemandes de compétitivité ont permis, dans les années 2000, au prix d’un effort qui a pesé sur les classes populaires, de faire beaucoup moins augmenter le coût du travail qu’ailleurs en Europe. Le coût horaire du travail dans l’industrie a crû de seulement 17 % en Allemagne entre 2000 et 2008, contre 31 % en Italie, 34 % en Espagne, 35 % au Danemark et 38 % en France[9]. Depuis la crise de 2008, les politiques publiques cherchent à combler l’écart en freinant la hausse des salaires (hausse minimale du SMIC, prime d’activité) et en diminuant la part des prélèvements obligatoires qui pèsent sur le travail (allègements de cotisations sociales et transfert vers la CSG)[10].

Le deuxième volet de la compétitivité est la compétitivité hors prix : c’est surtout la capacité à « innover », même si d’autres éléments peuvent être mis en avant[11], tels que l’excellence opérationnelle, la capacité à mobiliser le personnel, la qualité du service client, etc. Dans ce domaine, les investissements français n’ont pas été à la hauteur des investissements allemands. Alors qu’en 1997 les dépenses de recherche et développement (R&D) étaient au même niveau dans les deux pays (à 2,2 % du PIB), en 2023 l’Allemagne atteignait 3,1 % du PIB et la France restait à 2,2 % ; en parité de pouvoir d’achat, l’investissement par élève dans tout le système éducatif était inférieur de 1 600 dollars en France par rapport à l’Allemagne en 2019[12]. Quant à la spécialisation industrielle, l’Allemagne a su « monter en gamme » dans deux grands secteurs à forte valeur ajoutée – en 2024, 91 milliards d’euros d’excédent commercial pour les machines et 128 milliards pour les véhicules[13] –, tandis que la France perdait son industrie automobile : les constructeurs français produisaient 3 millions de véhicules en France en 2001 contre 690 000 vingt ans plus tard[14]. Il y a eu un manque de vision stratégique.

Au sein d’une économie très mondialisée – le taux d’ouverture commerciale de la France, soit la part des importations et des exportations dans le PIB, a été multiplié par deux entre le début des années 1970 et aujourd’hui (INSEE) –, le poids de la contrainte économique extérieure s’exprime sous forme d’un impératif : celui de la compétitivité. Il faut être capable de produire aussi bon marché que la concurrence ou trouver des positionnements qui justifient l’écart de prix.

Que risque-t-on à ne pas se plier à cet impératif ? Une perte d’emplois, une moindre hausse du niveau de vie, un endettement croissant vis-à-vis du reste du monde et, finalement, un ébranlement de la cohésion sociale[15]. Le décrochage de l’appareil productif de la France vis-à-vis de celui de l’Allemagne a donc beaucoup inquiété les dirigeants français de tous les bords politiques depuis quinze ou vingt ans[16].

Les deux visages de la compétitivité permettent de prôner deux types de politiques publiques. À droite, on insiste plutôt sur la nécessité de baisser le coût du travail (flexibilité, réduction des dépenses publiques), tandis que la gauche préfère mettre l’accent sur le développement de la productivité grâce à des investissements (éducation et recherche). Il reste que l’impératif de compétitivité fait plus ou moins consensus, et c’est aujourd’hui dans cette optique que de nombreux experts, économistes et politiques envisagent la réindustrialisation de la France[17]. À l’échelle européenne, les succès de l’appareil productif chinois réactivent d’ailleurs cette même vision : en janvier 2025, la Commission européenne présentait sa « Boussole de compétitivité ».

Une division internationale du travail devenue défavorable

Vu de France et d’Europe, l’engagement dans la compétitivité repose sur deux piliers. D’une part, une division internationale du travail favorable aux pays occidentaux. D’autre part, le respect des règles du jeu économique par les grandes puissances. Or, force est de constater que ces deux piliers ne tiennent plus et que la mondialisation a bifurqué.

Commençons par le premier pilier. L’Europe (du moins l’Europe de l’Ouest) a tiré de grands avantages du libre-échange : les économies européennes se spécialisaient dans le haut de gamme, la R&D et les services de pointe – la où la valeur ajoutée est la plus forte –, tandis qu’elles laissaient les autres pays leur fournir tout ce dont elles avaient besoin, en se concentrant soit sur l’exploitation de matières premières, soit sur la fabrication de produits bon marché[18]. Cependant, cela fait quelques décennies que les pays émergents revendiquent légitimement une position moins subalterne dans les échanges mondiaux. L’Indonésie remonte peu à peu la chaîne de valeur de l’extraction minière, l’Inde forme vingt fois plus d’ingénieurs que la France[19] et la Chine concurrence désormais un pays aussi avancé industriellement que l’Allemagne.

Cette hausse de la pression extérieure fait alors apparaître une réalité incontournable : le système productif français et de plus en plus de systèmes productifs européens présentent un déficit structurel de compétitivité par rapport à des pays émergents qui comblent progressivement leur retard technologique. Pourquoi ? Parce que la présence de systèmes sociaux protecteurs renchérit le coût du travail européen par rapport à celui de pays moins riches (et souvent plus jeunes). Parce que la conscience écologique mène à la création de normes environnementales plus strictes – et plus coûteuses dans l’immédiat – que celles des concurrents. On pourrait ajouter que les concurrents de l’Union européenne ont beaucoup moins d’entraves réglementaires quand ils subventionnent leurs entreprises pour gagner des parts de marché. Aujourd’hui, le résultat devient sans appel : les industriels européens estiment que leurs concurrents chinois, à qualité égale, proposent généralement des prix 30 % à 40 % moins élevés[20].

Que faire en France face à cela ? Abaisser encore le coût du travail ? Mais beaucoup a déjà été fait (promotion de la flexibilité, réformes de l’assurance chômage et du RSA, réformes des retraites), et les conséquences inégalitaires de ces politiques mécontentent les opinions publiques. S’adapter au dumping social et écologique ? Mais comment mobiliser les populations autour d’un projet de déconstruction du modèle social et de détricotage des normes environnementales, au moment même où les menaces se précisent ? Sur le plan de la « compétitivité-prix », les marges de manœuvre politiques apparaissent assez réduites.

Doit-on alors miser sur la « compétitivité hors prix » ? Il y a plusieurs obstacles. Contrairement à l’Allemagne, les domaines d’excellence de la France (surtout le luxe et l’aéronautique) constituent un socle de spécialisation trop étroit pour compenser la perte continue des industries de base. Le doublement en valeur des exportations pour l’aéronautique, les boissons, les cosmétiques et la maroquinerie entre 2010 et 2024 (en euros courants) n’a pas empêché le déficit manufacturier de la France de doubler lui aussi sur la même période, à cause de besoins accrus dans les autres secteurs industriels[21].

D’ailleurs, l’abandon progressifs de ces domaines non compétitifs entraîne une perte de savoir-faire incontrôlée, un appauvrissement du tissu industriel et le déclin de l’investissement dans l’innovation. La désindustrialisation a un effet boule de neige[22]. Il y a vingt-cinq ans, à la faveur d’un accord de libre-échange, le Maroc prenait pied sur le marché de la tomate d’industrie, pendant que les producteurs français se repliaient sur les autres gammes ; mais aujourd’hui, les positions françaises sont menacées par les producteurs marocains dans le cœur de gamme (tomate fraîche) et même dans les marchés de niche (tomate cerise)[23]. La montée en gamme sans vision stratégique d’ensemble peut mener à une impasse.

Reste alors la réindustrialisation par l’investissement dans les nouveaux secteurs industriels, par exemple le marché des batteries. Ici, l’incertitude domine, car les concurrents (Chine, États-Unis, mais aussi Allemagne et Pologne) ont également d’importantes ambitions, et le degré de désindustrialisation de la France ne joue pas à son avantage. La Chine, en particulier, a su évincer tous ses concurrents européens dans la production de panneaux photovoltaïques en l’espace d’une décennie[24]. Qui peut garantir qu’il n’en ira pas de même un jour pour les batteries et les véhicules électriques ?

En résumé, l’approche par la compétitivité offre des perspectives très limitées de réindustrialisation pour la France, qu’il s’agisse d’emplois, d’ouverture d’usines ou de rééquilibrage de la balance commerciale. Cela se voit dans la difficulté actuelle qu’a le pays à se réindustrialiser. L’obsession pour la compétitivité désintéresse les pouvoirs publics des secteurs non compétitifs et des produits d’entrée de gamme ou de moyenne gamme qui représentent pourtant l’essentiel du secteur industriel : hors industrie agro-alimentaire, 85 % de la consommation de biens en France était importée en 2015[25]. Il est donc à craindre qu’elle prépare le pays à subir une nouvelle phase de désindustrialisation.

Prendre acte de la nouvelle donne mondiale

Le deuxième pilier sur lequel s’appuie l’approche par la compétitivité est le respect des règles de la mondialisation économique. Or, les grandes puissances s’affranchissent beaucoup plus de ces règles qu’il y a encore une ou deux décennies, au nom de leurs intérêts nationaux.

Le cas emblématique est celui des États-Unis. Longtemps champions du libre-échange, les dirigeants américains jugent désormais que la mondialisation économique tourne à leur désavantage et ils s’émeuvent de la désindustrialisation. Sous Donald Trump, la réindustrialisation est envisagée comme une épreuve de force et non comme un concours de compétitivité. Ce sont les deals, les droits de douanes et les intimidations qui doivent faire revenir les unités de production sur le sol américain. Et les instruments de la puissance sont mis au service du financement du mode de vie américain par le reste du monde (en particulier par les alliés européens) : menaces sur les partenaires, obligation d’acheter des armes, mise au pas des entreprises numériques, usage du privilège du dollar, irresponsabilité écologique, voire franche prédation.

Du côté de la Chine de Xi Jinping, l’objectif est de développer toutes les filières industrielles, de conquérir les marchés grâce à des prix agressifs et de dépendre le moins possible des Occidentaux. Le contraste avec l’Allemagne est intéressant, puisque ces deux pays ont dégagé l’un et l’autre d’immenses excédents commerciaux dans les années 2000 et 2010. En 2004, la part des importations dans la PIB se situait autour de 29 % dans les deux cas, mais, en 2023, l’Allemagne avait augmenté  cette part (et donc sa dépendance vis-à-vis du reste du monde) de 10 points, alors que la Chine l’avait réduite de 11 points[26]. Aujourd’hui, les difficultés industrielles de l’Allemagne montrent les faiblesses intrinsèques de ce modèle de compétitivité, dans un monde où les rapports de force l’emportent sur les idées de libre-échange mutuellement avantageux et de paix par le commerce.

La Russie, pour sa part, illustre une réalité des relations internationales que les Européens préféraient oublier : la prospérité économique apparaît souvent, pour les dirigeants, et même pour les peuples, comme un moyen au service d’objectifs politiques plutôt que comme une fin en soi[27]. Au moins depuis 2014 et l’invasion de la Crimée, Vladimir Poutine n’hésite plus à mettre en danger son économie pour obtenir des conquêtes territoriales qu’il juge vitales. Quand l’Allemagne augmentait sa dépendance au gaz russe après 2014 (ses importations ont augmenté de près de 30 % en volume, entre 2014 et 2020[28]), elle raisonnait en termes de compétitivité économique, alors que la Russie réfléchissait en termes de moyens de pression et de recettes d’exportation au service de la guerre. Cette expérience peut faire douter de la proposition selon laquelle la Chine ne prendrait pas le risque, pour annexer Taïwan au continent, de désorganiser tout le commerce mondial et de provoquer une récession.

Enfin, les conséquences dramatiques du réchauffement climatique et de l’effondrement de la biodiversité – qui s’intensifieront tout au long du siècle – risquent de renforcer encore cette logique des rapports de force.

Nous avons connu un demi-siècle de mondialisation relativement ordonnée et avantageuse (du point de vue européen), mais les décennies à venir sont en passe de revêtir un tout autre visage. Dans ces conditions, l’approche principalement centrée sur la compétitivité devient de plus en plus inadaptée, et des voix commencent à se faire entendre pour presser les dirigeants de considérer les choses autrement[29].

Voilà qui ouvre alors de véritables perspectives de réindustrialisation. À partir du moment où la réindustrialisation intègre des objectifs d’indépendance, de diminution du déficit commercial, de création d’emplois et de réduction de l’empreinte écologique, la relocalisation d’activités industrielles devient un élément clé, même lorsque la France est moins compétitive que ses partenaires[30]. Ainsi, on estime que la relocalisation de chaque milliard d’euros de valeur ajoutée dans l’industrie apporte en moyenne 24 000 emplois supplémentaires et diminue les émissions de CO2 de 740 000 tonnes à l’échelle mondiale[31]. En parallèle, elle rend le pays plus résilient sur le long terme, elle augmente les recettes fiscales et elle aide à revitaliser les territoires hors des métropoles ; en effet, les deux tiers des sites industriels sont localisés dans des villes de moins de 20 000 habitants[32].

Dans cette optique, un pays comme la France a intérêt à utiliser tous les leviers à sa disposition (fiscalité, normes, aides, commande publique, responsabilisation des producteurs, des distributeurs et des consommateurs, protections) pour mener des politiques industrielles au-delà des indicateurs de compétitivité.

Relocalisation industrielle et transformation des habitudes de consommation

Une fois admise la nécessité de relocaliser des activités industrielles et une fois reconnue l’impossibilité d’obtenir ce résultat uniquement par des gains de compétitivité, une nouvelle difficulté surgit : l’impact d’une telle réindustrialisation sur le pouvoir d’achat.

Prenons le cas de l’industrie agro-alimentaire. En valeur, la France importe de plus en plus de viande et de fruits et légumes[33] ; pour des objectifs de souveraineté alimentaire, d’équilibre commercial, de revenus des agriculteurs et de respect des normes environnementales (les produits étrangers peuvent utiliser des produits chimiques interdits en France), une politique de relocalisation apparaît désirable. Mais si les importations augmentent, c’est justement parce que les produits importés reviennent en général moins cher que les autres. Autrement dit, une véritable réindustrialisation implique une certaine hausse des prix[34]. Une estimation de 2013 évaluait le coût de la relocalisation de toute la production en provenance de « pays de délocalisation » (principalement asiatiques) entre 100 et 300 euros par mois et par ménage, selon la prise en compte ou non des différences de gamme[35].

Il y a évidemment de grandes variations selon les secteurs. Dans l’automobile, une étude avançait qu’une relocalisation de 16 % de la production française (depuis l’Espagne et l’Europe de l’Est) entraînerait une hausse des prix de l’ordre de 5 %[36]. En revanche, dans un secteur aussi intensif en main-d’œuvre que le textile, la différence de coût entre la production « made in France » et la production asiatique est énorme ; en l’occurrence, tout effort de relocalisation implique de revoir en profondeur la manière de consommer des vêtements[37].

À l’échelle mondiale, la part de l’industrie dans l’emploi total se situe actuellement à un niveau record : 24 % de l’emploi mondial depuis 2021, soit le plus haut niveau des trente dernières années[38]. Cela signifie que la gigantesque expansion de notre abondance matérielle ne vient pas seulement des progrès techniques, mais aussi de la mobilisation d’immenses quantités de travail. Ce qui nous masque cette réalité, c’est la délocalisation d’une partie importante de la production industrielle dans des pays à bas coût. Aujourd’hui, les économies du Nord bénéficieraient du travail net (en prenant en compte les importations moins les exportations) de l’équivalent de 369 millions de personnes à temps plein venant du Sud[39]. Malgré les gains envisageables en termes de mécanisation et d’automatisation, la relocalisation d’activités industrielles ne permettrait jamais de produire la même masse de biens au même prix.

Voici donc ce qu’oublient généralement de mentionner les promoteurs de la réindustrialisation : à partir du moment où celle-ci ne se cantonne pas aux industries de niche, elle va remettre en cause les habitudes de consommation. Ou, pour le dire franchement, la réindustrialisation nécessite, de la part de toute la société, un effort de sobriété matérielle.

Un modèle de société obsolète

Ici, les questions industrielles croisent à nouveau des problèmes politiques plus généraux. Si les dirigeants politiques ont tant de mal à assumer cette conséquence d’une véritable réindustrialisation, c’est parce qu’elle va à l’encontre de notre modèle de société fondé sur la hausse continue de l’abondance matérielle.

Au temps des Trente Glorieuses, le niveau de la croissance économique permettait aux Français (et à d’autres Européens) d’espérer un doublement de leur niveau de vie à chaque génération. Cette phase de prospérité inédite a modifié en profondeur la société française. Après un temps d’apprentissage, plus ou moins long, des pratiques inédites de consommation se sont peu à peu imposées dans tous les foyers : nouveaux équipements, remplacement plutôt que réparation, publicité, grandes surfaces[40]. Depuis les chocs pétroliers, ce modèle de consommation a survécu grâce à deux stimulants. D’une part, les délocalisations industrielles dans les pays émergents, qui ont permis aux consommateurs de bénéficier de produits moins chers. D’autre part, dans le cas de la France, l’endettement public (avec des taux d’intérêt relativement faibles du fait des garanties européennes) qui a aidé à soutenir le niveau de vie de la population, en particulier pendant les crises. Ainsi, malgré la faiblesse de la croissance, l’abondance matérielle a continué d’augmenter pendant plusieurs décennies tout en libérant du pouvoir d’achat. Entre 1980 et 2023, la part des produits alimentaires et des boissons a reculé de 2,7 points en valeur dans la consommation des ménages, le textile de 4,1 points, les meubles et les articles d’entretien de 2,5 points[41].

Cependant, ce modèle de hausse continue du pouvoir d’achat est condamné, et les limites écologiques ne représentent qu’une facette du problème. Depuis la crise économique de 2008, le pouvoir d’achat stagne, surtout en bas de l’échelle sociale, malgré la hausse de la dette publique. À côté de cela, le niveau de l’endettement et des déficits apparaît de plus en plus insoutenable, alors même que les services publics manquent de moyens et qu’il y a un besoin d’énormes investissements : réindustrialisation, défense, transition écologique, grand âge… Le problème a été longtemps repoussé, mais il va maintenant falloir affronter les conséquences d’une croissance économique durablement faible. Avec des perspectives d’avenir assombries par les tensions géopolitiques et, plus encore, par la dénatalité. D’après le rapport Draghi, au rythme actuel de hausse de la productivité, le niveau du PIB européen devrait être, en 2050, le même qu’aujourd’hui, à cause de la forte réduction attendue de la population active d’ici-là[42]. Soit une croissance nulle.

Une meilleure répartition des richesses, après une longue période de montée des inégalités (surtout des inégalités de patrimoine dans le cas de la France), permettrait d’amortir la transition en dégageant des capacités d’investissements, mais notre modèle de société, qui a survécu un demi-siècle aux Trente Glorieuses, n’en présente pas moins tous les signes d’un dépérissement accéléré. Exprimé brutalement : les conditions ne sont plus réunies en France pour que le pouvoir d’achat augmente.

La réindustrialisation constitue donc une épreuve de vérité. En effet, si son succès apporterait de nombreux bénéfices à la collectivité, s’y engager réellement reviendrait à acter du même coup la fin d’un modèle, celui de la hausse de la consommation matérielle (notamment grâce aux délocalisations).

Vers un changement de société

Interroger notre modèle de société paraît donc crucial, et plusieurs signes indiquent que la question se pose déjà.

Tout d’abord, même si, entre 1979 et 2019, il y a eu en France une hausse du taux d’équipement, l’apparition de produits numériques et des déplacements de plus en plus longs, l’insatisfaction liée au pouvoir d’achat a doublé sur la période[43]. En fait, les études montrent qu’à partir d’un certain niveau d’abondance matérielle, la satisfaction ne croît plus[44].

Le pouvoir d’achat dépend du rapport entre nos moyens et ce que la société nous pousse à consommer. Ainsi, la crise actuelle vient du fait que les moyens stagnent alors que les industriels et les publicitaires continuent de stimuler les désirs de consommation, comme au temps de la croissance forte. Dans la dernière période, le cas le plus emblématique a été celui de l’automobile. En 2020, le prix moyen d’une voiture neuve en France coûtait deux mois et demi de SMIC de plus qu’en 2010 (mode des grosses voitures, développement de l’électronique embarquée, etc.), ce qui accroît la pression sur les budgets[45]. S’ouvre ici des possibilités de politiques publiques qui répondent aux besoins de déplacement de manière beaucoup plus sobre, tout en soutenant la production locale[46].

Les gouvernants ont pris l’habitude d’agir sur la production plutôt que sur la consommation, comme si les préférences des acheteurs ne dépendaient pas de l’action politique. Or, les préférences sont des phénomènes sociaux à part entière, capables d’évoluer au gré du temps, du contexte et des décisions collectives[47]. Des politiques de sobriété sont donc envisageables, pourvu que les transformations impliquent toute la société[48], qu’elles soient jugées équitables (ce qui implique généralement une réduction des inégalités) et que le coût de la vie s’adapte à cette évolution.

Par ailleurs, la réindustrialisation apporte d’importants bénéfices à la collectivité dans son ensemble. Ce qui fut gagné du côté du « caddie », avec les délocalisations, a été en partie perdu du côté de la « feuille de paie », surtout en bas de l’échelle sociale, du fait de l’augmentation de la pression économique extérieure[49]. Au contraire, un effort sur la consommation permettrait d’obtenir davantage d’activité industrielle en France, un moindre déficit commercial, des créations d’emplois et une hausse des recettes fiscales. Alors que le pays s’endette actuellement pour soutenir la consommation, la combinaison d’un effort de sobriété matérielle et d’une politique active de relocalisations permettrait de dégager des ressources pour mieux financer les services publics – dont la dégradation représente un sujet important de mécontentement[50] – et pour investir dans l’avenir.

Enfin, relocaliser des activités industrielles en France pourrait revitaliser nos régimes démocratiques. Depuis un demi-siècle, l’approfondissement de la mondialisation a affaibli les démocraties au niveau national[51]. En effet, l’accroissement de la pression économique extérieure, à travers la compétition internationale, a réduit les capacités d’action collective en matière de production et de consommation, ce qui a fortement restreint le champ des politiques économiques et sociales. Par exemple, entre 1965 et 2019, la part du « made in France » dans l’ensemble des produits manufacturés consommés est passée de 82 % à 38 %[52], une évolution qui a multiplié les opportunités de dumping et diminué les possibilités de contrôle démocratique, aussi bien sur les conditions de production que sur ce qui est produit. Cela a contribué à propager, au sein de la population, une insurmontable impression d’impuissance politique, avec dégradation de la qualité de la démocratie[53]. La réindustrialisation suppose bel et bien un effort collectif, mais, en réduisant le poids de la contrainte extérieure, elle ouvre une perspective de réappropriation démocratique de nos conditions d’existence[54].

Des questions ouvertes et une réalité

Un tel changement de société ouvre de multiples questions qu’on ne saurait traiter ici[55]. Dans quels secteurs industriels investir et dans quel but ? Quelles industries relocaliser et pour produire quoi ? Par quels moyens promouvoir un effort de sobriété matérielle ? Comment inciter les entreprises à investir et innover dans une direction plus favorable à l’intérêt général ? Comment articuler échelon national et échelon européen ? Et la question politique la plus importante : quelle doit être la contribution des différentes classes sociales ?

Demeure cette réalité : la réindustrialisation ne peut être cantonnée à un problème sectoriel, traité par des spécialistes et traduisible dans la langue de la compétitivité. Il s’agit d’un projet collectif de long terme, mêlant les enjeux les plus divers, et impliquant la redéfinition complète d’un modèle de société arrivé en bout de course.

Dès lors, ce projet demande non seulement de mobiliser des financements, de planifier la formation de la main-d’œuvre et d’adapter la réglementation, mais aussi de s’interroger sur notre niveau de consommation, de déterminer quels sont les besoins collectifs et de délibérer sur le type de société dans lequel nous voulons vivre. La réindustrialisation représente un défi pour toute une génération, un défi qui exige un profond renouvellement des imaginaires[56], mais un défi qui porte en lui la possibilité, pour des régimes démocratiques parcourus par le doute, de retrouver sens et vigueur.


[1]Montesquieu, Pensées (1727), Paris, Robert Laffont, 1991, p. 290.

[2]Par exemple, en janvier 2021, la relocalisation d’usines en France était en tête des objectifs politiques (IFOP, « Le tableau de bord de la transformation de la France », 9e vague, p. 24).

[3]Sur les réticences du début : Jean-Michel Bezat, Enquête sur le Made in France, Paris, First, 2015, p. 24. L’expression « mère des batailles » se trouve dans un entretien du 10 mai 2023 au magazine Challenges.

[4]INSEE, tableau 6.208, « Emploi intérieur total par branche en nombre de personnes ».

[5]Douanes, « Le chiffre du commerce extérieur », 2024, données complémentaires, « Figure 11 » et « Graphiques annexes ».

[6]Solène Davesne, « Avec plus de fermetures que d’ouvertures d’usines en 2024, l’inquiétante panne de la réindustrialisation se confirme en France », L’usine nouvelle, 29/11/2024 [en ligne].

[7]Douanes, « Le chiffre du commerce extérieur », 2024, données complémentaires, « Figure 12 ».

[8]Eurostat, « Net international investment position – annual data [tipsii10] ».

[9]Élie Cohen et Pierre-André Buigues, Le décrochage industriel, Paris, Fayard, 2014, p. 75, tableau 1.

[10]Yannick L’Horty, Philippe Martin et Thierry Mayer, « Baisses de charges : stop ou encore ? », Note du Conseil d’analyse économique, n°49, janvier 2019, p. 1-12.

[11]Pierre Gattaz, Les 7 piliers de la croissance : Réflexions et tribulations d’un entrepreneur de terrain, Paris, Nouveau Monde éditions, 2013, p. 153-178.

[12]Données OCDE : « Dépenses intérieures brutes de R-D » [en ligne] et « Regards sur l’éducation 2022 », 2022, p. 265 [tableau C1.1].

[13]Destatis, « Exports and imports (foreign trade) », items « WA84 » et « WA87 ».

[14]INSEE, « Production mondiale des constructeurs français d’automobiles », 2021.

[15]Michèle Debonneuil et Lionel Fontagné, Compétitivité, Paris, La Documentation française, 2003, p. 13 ; Flora Bellone et Raphaël Chiappini, La compétitivité des pays, Paris, La Découverte, 2016, p. 8.

[16]Élie Cohen et Pierre-André Buigues, Le décrochage industriel, op. cit., p. 368 ; Emmanuel Macron, Révolution (2016), Paris, Pocket, 2017, p. 73.

[17]Philippe Aghion, Céline Antonin et Simon Bunel, Le pouvoir de la destruction créatrice, Paris, Odile Jacob, 2020 ; Jean-Hervé Lorenzi (dir.), « Va-t-on vraiment réindustrialiser la France ? », Les cahiers du cercle des économistes, 2021, p. 1-80 ; Élie Cohen, Souveraineté industrielle : Vers un nouveau modèle productif, Paris, Odile Jacob, 2022.

[18]Gilles Ardinat, Géographie de la compétitivité, Paris, PUF, 2013, p. 139.

[19]Même si le flou autour de la définition d’un ingénieur en Inde oblige à prendre cet ordre de grandeur avec précaution (Antoine Derouet et Simon Paye, « L’Inde ingénieuse », La Vie des Idées, 31/08/2023 [en ligne]).

[20]Antoine Foucher, Olivier Lluansi et Thomas Grjebine, « Industrie européenne : recréer des avantages ou disparaître », Les Échos, 15/05/2025 [en ligne].

[21]Douanes, « Le chiffre du commerce extérieur », 2024, données complémentaires, « Solde ». Pour estimer les données de la maroquinerie, nous avons utilisé l’item « cuir et chaussures ».

[22]Au contraire, la production locale possède un effet d’entraînement : Michèle Debonneuil et Lionel Fontagné, Compétitivité, op. cit., p. 16.

[23]Laurent Duplomb, Pierre Louault et Serge Mérillou, « Compétitivité de la ferme France », rapport d’information du Sénat, septembre 2022, p. 53-74.

[24]International Energy Agency, « Solar PV Global Supply Chains », July 2022 [en ligne].

[25]Alexandre Bourgeois et Antonin Briand, « Le “made in France” », INSEE première, no1756, 05/06/2019.

[26]Banque Mondiale, « Net trade in goods and services » et « Imports of goods and services ».

[27]Benjamin Brice, « L’avenir de la guerre dans le monde du commerce : Raymond Aron face aux philosophies pessimiste et optimiste de l’histoire », Études internationales, vol. 43, no3, septembre 2012, p. 421-438.

[28]Eurostat, « Imports of natural gas by partner country ».

[29]Sur la voiture électrique : Jakub Jakóbowski and Janka Oertel, « Electric shock: The Chinese threat to Europe’s industrial heartland », European Council on Foreign Relations, 15/05/2025 [en ligne]. Sur la souveraineté numérique : Mathieu Pollet, « Trump can pull the plug on the internet, and Europe can’t do anything about it », Politico Europe, 23/06/2025 [en ligne].

[30]Olivier Lluansi, « Cessons d’opposer réindustrialiser et relocaliser », dans Jean-Hervé Lorenzi (dir.), op. cit., p. 54-62. Au contraire, Élie Cohen invite à bien distinguer « réindustrialisation » et « relocalisation » : Souveraineté industrielle, op. cit., p. 134.

[31]Alexandre Bourgeois et Jérémi Montornes, « Produire en France plutôt qu’à l’étranger, quelles conséquences ? », INSEE analyses, no89, 30/10/2023, figure 7 [en ligne].

[32]Cyrille P. Coutansais, La (re)localisation du monde, Paris, CNRS Éditions, 2021, p. 163.

[33]Douanes, « Le chiffre du commerce extérieur », analyse annuelle 2024, p. 17.

[34]Jérôme Cuny, Relocaliser, Paris, Tana Editions, 2022, p. 73 et 77.

[35] Charlotte Emlinger et Lionel Fontagné, « (Not) Made in France », La lettre du CEPII, no333, 20 juin 2013, p. 4.

[36]Keith Head, Philippe Martin et Thierry Mayer, Les défis du secteur automobile : compétitivité, tensions commerciales et relocalisation, Note du Conseil d’analyse économique, no58, juillet 2020, p. 9.

[37]Majdouline Sbai, Toujours moins cher… Mais à quel prix ? Huit solutions pour une mode éthique, Paris, Flammarion, 2019.

[38]Banque mondiale, « Emplois dans l’industrie ». https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SL.IND.EMPL.ZS

[39]Jason Hickel, Morena Hanbury Lemos and Felix Barbour, « Unequal exchange of labour in the world economy », Nature Communications, vol. 15, 2024 [en ligne].

[40]Voir Anthony Galluzzo, La fabrique du consommateur : Une histoire de la société marchande, Paris, La Découverte, coll. Zones, 2020.

[41]INSEE, « Les comptes de la nation en 2023 », calculs avec le tableau 2.201.

[42]Mario Draghi, « The future of European Competitiveness (Part A) », European Commission, September 2024, p. 23.

[43]Lucie Brice Mansencal, Patricia Croutte, Sandra Hoibian et Victor Prieur, « En quarante ans : plus de liberté, mais aussi plus d’inquiétudes », INSEE références, 19/11/2019 [en ligne].

[44]Sur les rapports entre énergie et bonheur : Vaclav Smil, Energy and Civilization: A History, Cambridge (MA), The MIT Press, 2018, p. 362.

[45]L’Argus, « L’Argus, « Voiture Moyenne neuve 2020. Son évolution depuis 1970 », 25/07/2021 [en ligne].

[46]Par exemple : Sophie Fay, « Pour décarboner le transport, la “voiture populaire”, petite et électrique, au centre des débats », Le Monde, 25/05/2023 [en ligne].

[47]Sophie Dubuisson-Quellier, « How does affluent consumption come to consumers? A research agenda for exploring the foundations and lock-ins of affluent consumption », Consumption and Society, vol. 1, 2022/1, p. 31-50 ; Fabrice Flipo, Changer les modes de vie : Une dialectique matérialiste par-delà le plan et le marché, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2024.

[48]Karen Richardsen Moberg, et al., « Barriers, emotions, and motivational levers for lifestyle transformation in Norwegian household decarbonization pathways », Climatic Change, vol. 165, 2021/3, p. 1-25.

[49]Sur cette tension : Lionel Fontagné, La feuille de paye et le caddie : Mondialisation, salaires et emploi, Paris, Presses de Sciences Po, 2021.

[50]Nur Bilge, Étienne Farvaque et Jan Fidrmuc, « Fractures nationales : retrait des services publics et dynamiques électorales », Revue française d’économie, vol. 39, 2025/1, p. 213-252.

[51]Dani Rodrik, The Globalization Paradox: Democracy and the Future of the World Economy, New York (NY), W. W. Norton & Company, 2011, p. 188.

[52]Alexandre Bourgeois et Jérémi Montornes, Op. cit.

[53]Pierre Rosanvallon parle d’une « atmosphère d’impuissance » (Le bon gouvernement, Paris, Seuil, coll. Essais, 2015, p. 350-351).

[54]Aurélien Bernier, L’urgence de relocaliser : Pour sortir du libre-échange et du nationalisme économique, Paris, Utopia, 2021, p. 20 et 87.

[55]Quelques réponses dans les deux ouvrages suivants : Benjamin Brice, La sobriété gagnante. Pouvoir d’achat, écologie, déficits : Comment sortir de l’impasse ?, Paris, Libri Nova, 2022, ch. 6 et 8 ; L’impasse de la compétitivité, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2023, ch. 8.

[56]Sur l’importance de l’imaginaire : Anaïs Voy-Gillis, Pour une révolution industrielle, Paris, Les Presses de la Cité, 2025, p. 13-26.